Certains passe-temps sont plus faciles à concilier que d’autres. Ainsi, un passionné de badminton et de cuisine aura beaucoup de mal à assouvir ses deux passions en même temps (à moins de taper dans le volant avec une poêle à frire, et encore…). En ce qui me concerne, je suis un petit veinard, puisqu’une autre de mes grandes occupations, outre le hobby, se trouve être la lecture de bandes dessinées.
Or les bandes dessinées parlant du jeu et des joueurs, sans être légions, sont tout de même bien présentes. On connaît bien entendu les publications de la black library (Malus Darkblade, Hellbrandt Grimm…), qui se passent dans les univers Games Workshop, dont je suis d’ailleurs friand et dont je ferai probablement des chroniques dans quelque temps. On connaît moins, et c’est dommage, les bds parlant des joueurs eux-mêmes. Explication simple : le joueur en tant qu’élément sociologique est peu connu (et donc moqué) en pays gaulois ; à l’inverse, dans les pays anglo-saxons, le personnage du joueur obsessionnel, du rôliste qui vit dans son monde, de l’inconditionnel de star wars se prenant pour un jedi, du fan de superhéros vivant dans un comicshop (cf le « comic book guy » dans les Simpsons) ou du figuriniste qui erre de convention de jeu en convention de jeu, là où le prix du hot dog est aussi fort que l’odeur de transpiration émanant des aisselles des joueurs monomaniaques, est un « type character » (personnage classique, aux traits bien définis).
Bref, ce qu’ils appellent le « nerd », ou « geek », est un personnage récurent dans la filmographie, les séries… et la bd. Ce qui n’est pas le cas en France ; c’est d’autant plus dommage que beaucoup de ces ressources bd-esques sont gratuites, puisqu’elles se trouvent en accès libre sur le net. Je me propose ici de faire un bref tour d’horizon de celles que je préfère. Anglophobes, s’abstenir…

Commençons avec Turn signals on a land raider (« TSOALR » pour les intimes et ceux qui veulent se la péter), qui vaut bien son pesant de cacahuètes (image ci-dessus)… Le postulat de base est simple, et il promet à lui seul de la rigolade à la pelle : et si les figurines de warhammer 40K étaient des entités réelles, pouvant penser, parler… Que diraient-elles ? Vous le découvrirez rapidement en feuilletant cette étonnante bd, qui vous fera rencontrer les nouvelles recrues du chapitre space marines des « emperor’s pointy sticks » (littéralement, « les bâtons pointus de l’empereur ») ; suivez-les dans leurs premières batailles, leur passage à la peinture, leurs rencontres malheureuses avec un môme qui traîne par là et veut toucher ces drôles de petits bonhommes, où leurs déculottées répétées en tournoi. C’est drôle, ça sent très fort le vécu et ça rappelle à chacun des souvenirs de jeu : qui n’a pas chez lui une figurine de space marine « test », où l’on a accumulé tellement de couches de peinture pour essayer différents schémas de couleur qu’elle en est devenue informe ? Qui ne s’est jamais retrouvé face à un adversaire essayant de faire passer un paquet de kinder pour un régiment de lanciers impériaux en prétextant un oubli ? C’est le genre de situations que vous rencontrerez en lisant TSOALR (oui, je suis un intime et je me la pète).
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Continuons avec mon chouchou, j’ai nommé Golden Throne. Alors là, ça rigole, ça rigole, et en plus ça rigole noir. Eh oui, Golden Throne, c’est très très très politiquement incorrect… A tel point que l’auteur a eu, à l’en croire, quelques problèmes avec Games Workshop, compagnie avec laquelle il n’est pas particulièrement tendre, il faut bien l’avouer. Mais c’est si drôle… Golden Throne, ce sont des planches racontant la plupart du temps la vie d’un jeune « key timer » (étudiant travaillant à temps partiel) dans un magasin rouge. Looser absolu, nul avec les filles, dépensant tout son argent en figurines et en glu (et pas seulement pour coller des figurines…), notre gaillard est à la fois pathétique et extrêmement drôle. La planche que je vous montre en extrait est assez révélatrice de ce qu’est la bd, à la fois critique, caustique, caricaturale… En un mot : drôle.
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A noter que le même auteur dessine une autre bande dessinée, concernant les spaces wolves ; n’en ayant lu que quelques planches, je ne me prononcerai pas, mais c’est de toute façons moins corrosif que Golden Throne… Jetez-y un coup d’œil tout de même…
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Passons maintenant, si vous le voulez bien, à quelque chose d’un peu plus connu. Dork Tower, c’est THE grand classique de la bd sur les gamers. Son auteur, John Kovalic, est extrêmement connu outre atlantique, outre manche et même ailleurs, puisque son œuvre a été traduite dans de multiples langues, dont le français, pour une partie en tous cas. Si vous achetez la version papier (et même si vous consultez le web), je ne saurais que trop vous conseiller la vo, 10 000 fois plus drôle que toutes les traductions du monde. Oui, je sais, c’est facile à dire, oui, je sais, les allusions et les blagues ne sont pas toujours faciles à saisir, mais faites-vous violence, l’effort en vaut vraiment la chandelle, et bosser votre anglais ne vous fera pas de mal anyway…
Bref, Dork Tower, c’est les aventures d’un petit groupe de joueurs invétérés, soit :
-Un monsieur je-sais-tout connaissant toutes les règles d’un nombre incalculable de jeux sur le bout des ongles, et qui peut réciter n’importe quel scène de star wars ou citer les personnages secondaires de tous les épisodes de star trek.
-Une victime de la fièvre acheteuse du joueur. Le « FBDM » (« fanboy de merde », copyright French Waagh) dans toute sa splendeur. Sa phrase préférée : « It must be mine ! » (« Je dois l’avoir ! »), qu’il prononce à peu près à chaque fois qu’un nouveau jeu/supplément/goodie sort. L’homme qui a acheté les rognures d’ongle de Peter Jackson 2 000 dollars sur internet, c’était probablement lui. Excessif ? A peine. Après tout, aller voir le seigneur des anneaux une douzaine de fois de suite sans sortir du cinéma est sans doute un rite initiatique répandu chez les fanboys.
-Un maître de jeu tiraillé entre sa passion du jeu et son envie d’avoir une vie normale, si possible avec relations sexuelles. Deux exigences parfois difficiles à concilier, comme il s’en rend souvent compte…
-Un rat musqué (si, si).
Vous retrouverez , au détour d’une ou l’autre planche, quelques citations devenues cultes dans les milieux autorisés, entre autres:
« I waste him with my crossbow ! » (“Je l’explose avec mon arbalète”)
“Hey Marcia, come and see the satanists!” (“Eh Marcia, viens voir, des satanistes!)
etc, etc, etc...
Du très très bon, et en ce domaine, Kovalic était un précurseur.
Vous pourrez lancer des “mdr ptdr ROFL!!! » à vos potes sur msn tout en lisant si vous cliquez sur ce lien
Dans le même genre, les Knights of the Dinner Table (chevaliers de la table du salon) sont un incontournable. Le trait est un peu moins fin mais les dialogues sont tout aussi truculents. On prend les mêmes et on recommence : un autre groupe de joueurs, une autre ville, mais des situations toujours aussi cocasses, des personnages toujours aussi extrêmes dans leur passion et toujours aussi gentiment pathétiques. La bande dessinée papier commence à sortir en français d’après ce que j’ai pu voir, mais encore une fois, la vo, blablabla, faites un p’tit effort, gnagnagna, et comment je fais moi alors, yadayadayada… (je sais, je suis un chieur moraliste de merde, mais enfin…).
Vous pourrez vous étouffer de rire si vous avez le malheur de manger un bretzel tout en lisant ce que vous trouverez en cliquant sur ce lien
(n.b: le lien vous dirige vers la version animée de KOTDT)
Enfin, plus sobre mais très fin, Larry Leadhead (image ci-dessus) parlera sûrement, plus que toutes les bds susmentionnées, aux joueurs ayant bien dépassé la trentaine et qui doivent concilier Le fameux WAF (Wife Acceptance Factor) n’est pas un mythe, Larry Leadhead (traduisez « Larry tête de plomb ») s’en rend compte chaque jour. Wargamer devant l’éternel, collectionneur sans limites, il a, comme tout joueur qui se respecte, assez de plomb pour construire un porte-avions, et plus de figurines que sa descendance sur 12 générations ne pourra jamais en peindre. Membre d’un club de jeu aux personnages hauts en couleur, Larry nous fait réfléchir, avec un peu de recul et beaucoup d’humour, à nos pratiques de figurinistes un peu zinzins.
Vous pourrez ricaner bêtement en vous reconnaissant un peu en cliquant ici
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