Huuum un bon texte de 17 000 signes sans image, trop sympa... Il s'agit d'une nouvelle que j'ai écrite il y a maintenant plusieurs années sur un assassin elfe noir du nom d'Idareth; ça à l'air long comme ça, mais ça le rythme est plutôt soutenu donc si vous avez le courage de vous y mettre, je suis certain que ça passera très bien... Et puis là je suis vraiment submergé de taf, donc je suis obligé de vous ressortir ces vieilleries; promis dès la semaine prochaine, retour des rapports de tournoi, photos et autres conneries... En attendant, n'hésitez pas à poster vos critiques sur ma prose!
Le seigneur Drakhan de Karond Kar se leva de son trône. Il était grand, même selon les standards elfiques, et sa carrure était impressionnante, contrairement à ses frêles congénères. Il jeta un regard circulaire sur l’assemblée réunie dans la salle, composée pour la plupart de notables de la grande cité du nord. Son charisme naturel, ajouté à de nombreuses alliances, contre alliances et autres pactes secrets conclus avec les membres des familles importantes de Karond Kar faisaient que tous lui étaient dévoués et soumis ; il le savait, nul être un tant soit peu sain d’esprit ne pourrait ne serait-ce qu’esquisser l’idée d’un coup d’état contre lui, le protégé du roi sorcier lui-même ; n’était-ce pas Malékith qui l’avait placé à ce poste hautement convoité, suite à ses exploits guerriers contre les bandes du chaos qui ravageaient le nord de Naggaroth ? Le roi sorcier ne lui avait-il pas, en signe d’amitié (avec tous les guillemets que peut comporter ce mot pour un druchii…) et d’estime, envoyé un contingent de sa tristement célèbre garde noire, en guise de garde rapprochée ? Ce même roi sorcier n’avait-il pas suivi ses conseils lorsque, quelques semaines plutôt, il lui avait suggéré de ne pas lancer un nouveau raid sur Ulthuan dans l’immédiat ? Cela lui avait de plus permis de garder ses troupes à Karond Kar, ce qui était dans son intérêt… Bref, Malekith l’estimait et l’appréciait, et en tant que tel, il était intouchable… Sur ces pensées rassurantes, il quitta la salle du trône et, escorté de ses gardes, gagna sa chambre.
Tapi dans l’ombre des lourds rideaux pourpres qui bordaient le couloir menant aux appartements privés de Drakhan, une ombre observait, furtive, discrète, sereine ; Idareth n’avait pas peur ; l’angoisse, le stress, la frayeur sont des sentiments qui lui sont étrangers ; il est un assassin, un envoyé de Malekith lui-même, élite parmi l’élite ; pour autant, il n’est pas une simple machine à tuer, mécanique et stupide ; il représente certes l’être ultra rationnel par excellence, en quête de la solution optimale dans chacune de ses missions, mais, fin et subtil, il recherche aussi le plaisir dans la mort de l’autre ; son art, c’est sa vie, et sa vie, c’est la mort. Plaisir de la préparation de l’assassinat d’un prélat qui ne se doute de rien, plaisir de l’effroi dans le regard de sa proie lorsqu’elle se rend compte qu’elle va mourir, plaisir de l’agonie d’un ennemi que l’on a tué de façon raffinée, en véritable artiste morbide ; Un ange funèbre, qui trouvait une jouissance dans le meurtre, dans la douleur, dans la souffrance.
Le voyage de Naggarond à Karond Kar avait certes été long et parsemé d’embûches, et les ennemis n’avaient pas manqué, mais Idareth n’avait pas le temps de se reposer, il avait une mission à accomplir ; observant Drakhan toute la journée, il s’est bien renseigné sur lui, tentant de jauger sa future victime ; un adversaire redoutable en combat rapproché, durci par des années de guerre contre le chaos lorsqu’il n’était encore qu’un simple officier des tours de guet du nord de Naggaroth ; il était bien différent des seigneurs qu’il avait eu à occire jusqu’alors ; ces derniers, devant souvent leur titre à leur nom, n’étaient la plupart du temps que de piètres combattants, et les tuer n’était pas difficile, une fois le danger que constituait leur garde rapprochée écarté. Ce serait différent cette fois, Idareth le savait, et il allait devoir mettre tout son talent au service de ce travail ; il était méticuleux, et méfiant ; se démarquant de la majorité de ses confrères assassins, il n’était pas orgueilleux au point de se croire le meilleur combattant du vieux monde, et ne méprisait aucun de ses adversaires, préférant agir intelligemment, ce qui évitait bien des imprévus et des déconvenues… Urian Lamepoison lui-même n’avait-il pas pêché par excès de confiance à la bataille de Finuval, croyant pouvoir battre Tyrion aussi facilement que n’importe quel autre adversaire ? Il l’avait payé de sa vie, aussi grand son talent fût-il…
Idareth ressentit un frisson d’excitation ; tuer un guerrier de la carrure de Drakhan était bien plus exaltant que s’occuper des nobles des grandes familles, puissants politiquement, mais martialement aussi faible que la piétaille que le roi sorcier envoyait se faire massacrer sur les champs de bataille… Battre un adversaire de cette envergure était valorisant, et si le roi sorcier lui avait confié cette mission et le jugeait capable de s’occuper d’un tel adversaire, c’est qu’il l’estimait au plus haut point… Il s’améliorait, il le savait, au point d’être devenu l’un des meilleurs assassins de Naggaroth ; il ne comptait pas s’arrêter là ; devenir le meilleur, tel était son but, et c’est ce qui le démarquait des autres assassins, qui se croyaient quasiment tous en haut de l’échelle… Un sage elfe avait dit « celui qui cesse de vouloir être meilleur cesse déjà d’être bon » ; Idareth se reconnaissait parfaitement dans ces paroles… Toutefois, mêlée à l’excitation était la frustration… L’assassinat n’était pas pour cette nuit. Trop d’animation, à cause de la fête organisée le soir même au palais, et trop de gardes devant la chambre de Drakhan. Bien entendu, ceux-ci ne faisaient absolument pas peur à l’assassin ; il avait déjà dû s’occuper de trois de ces pseudo soldats d’élite pour entrer dans le palais, maquillant le massacre en rixe entre soldats qui a mal tourné… « Des gardes noirs… », pensait-il en esquissant un sourire narquois sous son écharpe, « ce Drakhan est peut être un bon combattant, mais il n’est pas très perspicace ; comment a-t-il pu croire que le roi sorcier lui prêterait des soldats de sa garde personnelle ? » ; lui avait déjà eu l’occasion de croiser le fer avec la garde d’élite du roi sorcier, lorsqu’il avait eu à assassiner leur capitaine pour des raisons inconnues, et les faibles soldats qu’il avait combattus dans l’après-midi n’en faisaient pas partie, c’était évident ; ils étaient de simples soldats, seulement vêtus d’une armure un peu plus ouvragée et d’un casque un peu plus chamarré que ceux des fantassins de base, mais leur niveau martial était le même… Mais il savait qu’en s’attaquant frontalement à ces soldats, l’alerte serait donnée, réduisant ses chances de réussir sa mission… Et puis, il préférait la discrétion… Tant pis, Idareth était patient ; la mission serait remplie le lendemain, et il avait déjà un plan…
Drakhan avait bien dormi ; la petite fête de la veille lui avait rappelé la soumission de ses alliés et la confiance que lui portait le roi sorcier ; cela flattait son ego ; il dirigeait sa cité d’une main de fer, et était un elfe important, de ceux dont le nom restent gravés dans les livres et dans la pierre, de ceux qui servent de base aux légendes. Comme tous les matins, il se rendit à la salle d’entraînement, où la fine fleur des soldats de Karond Kar jouait de l’épée, de la lance ou de la hallebarde ; lui-même s’entraînait chaque jour parmi ses soldats, s’isolant avec quatre ou cinq d’entre eux dans l’une des salles de combat ; mystérieusement, ces derniers ne revenaient que rarement les jours suivants, et nul ne savait si cela venait du fait qu’ils avaient été promus du fait de leurs qualités de combattants, ou s’ils avaient été beaucoup plus simplement jetés aux harpies après avoir été mis en pièces par l’immense épée de Drakhan… Toutefois, peu d’elfes noirs étaient curieux de connaître la réponse à cette question, aussi tous redoutaient d’être désignés pour ce genre d’entraînement ; comme à l’accoutumée, Darkhan demanda d’une voix froide et cassante, « j’ai besoin de quatre soldats ; des volontaires ? » ; il mettait un point d’honneur à être redouté de tous ces elfes qui combattaient pour lui ; il se devait d’être le meilleur d’entre eux, sinon, comment aurait-il pu être respecté ? On ne respecte pas un chef faible, donc je dois être le plus fort d’entre eux, tel était le credo du gouverneur de Karond Kar… Mais, alors qu’à l’accoutumée ces quelques mots entraînaient un silence gêné et angoissé, une voix s’éleva de l’attroupement ; « moi, je suis volontaire… » ; surpris, Drakhan se tourna vers l’impudent qui osait le défier ; son armure de plates réhaussée d’or, marquée du sceau de Karond Kar, et son lourd casque ouvragé indiquaient qu’il faisait partie de sa garde personnelle ; cherchait-il à montrer son courage à son maître, ou était-ce là un acte de rébellion ? Cherchant à jauger de son regard l’insolent, il répondit d’un air satisfait : « fort bien, tu viendras donc avec moi », et, désignant deux autres infortunés soldats, « vous aussi, suivez-moi »… L’entraînement se révélerait peut-être un peu plus excitant qu’à l’habitude, et punir l’audace de ce garde pourrait ajouter un peu de piquant à la fadeur de la routine…
Idareth était calme et serein ; son plan se déroulait à merveille ; il pénétra dans la salle d’entraînement de Drakhan à la suite de celui-ci, juste avant les deux infortunés « volontaires » ; dérober une armure de garde avait été un jeu d’enfant, il espérait juste avoir le temps de remplir sa mission avant que l’on ne retrouve le corps de son ancien propriétaire… La salle d’entraînement personnelle du seigneur de Karond Kar était vaste et très haute ; les murs étaient couverts d’armes de toutes sortes, d’armures et de boucliers, la plupart de très bonne facture… Le maître des lieux était un passionné du combat rapproché, c’était évident… L’excitation montait doucement dans le corps et l’esprit de l’assassin ; il était enfermé dans une pièce avec sa proie ; mais avant de s’occuper d’elle, il devait d’abord se débarrasser des deux insectes insignifiants qui les accompagnaient… « Seigneur, pourquoi avoir pris la peine de convier ces deux soldats à cet entraînement ? Je pense humblement constituer un adversaire suffisant, et ceux-ci vont probablement nous gêner plus que nous aider… ». Drakhan en était bouche bée ; quel était cet effronté qui osait prendre la parole et s’adresser à lui, en lui donnant des conseils qui plus est ! « Insolent ! Qui es-tu pour me défier et me parler sur ce ton ? Ton arrogance pourrait bien être la cause de ta mort… Pour avoir insulté ces soldats, tu devras, avant de me défier, les battre… » ; puis, avec un sourire emprunt de sadisme, « et pour corser un peu l’exercice, le combat sera à mort ; ce sera toi ou eux… ».
« Fort bien… » murmura l’assassin ; le premier soldat eut à peine le temps de comprendre qu’il était en train de mourir ; Idareth avait foncé sur lui et, d’un geste fluide et d’une précision redoutable, lui avait tranché la jugulaire de son épée ; ne pas laisser une chance à l’ennemi, être le plus rapide, n’avoir aucun scrupule… Voilà ce qu’on lui avait appris depuis cette nuit où il avait été enlevé par les épouses de Khaine ; ces commandements étaient depuis profondément imprimés dans son esprit, et il savait que sa survie dépendait grandement de son obéissance à ceux-ci… Le second soldat, dans un sursaut de survie, sauta sur l’assassin, lame dehors, mais Idareth para sans mal ce coup pitoyable et enfonça sa propre épée dans le bas-ventre du pathétique soldat qui avait tenté de l’attaquer. Idareth se trouvait désormais debout entre deux cadavres, sa lame dégoulinante de sang ; il se tourna lentement vers le seigneur des lieux : « messire est-il satisfait ? » demanda-t-il posément.
Idareth retira rapidement les pièces les plus lourdes de son armure, mais même sans cela, au regard d’effroi du maître des lieux, l’assassin sut qu’il avait compris ; l’elfe qui se tenait devant lui ne faisait pas partie de sa garde personnelle, il s’agissait bel et bien d’un assassin, venu ici pour en finir avec lui… Dans la tête de Drakhan, les émotions se succédaient, se juxtaposaient, s’entremêlaient de manière chaotique ; stupéfaction, surprise, celle d’avoir été trahi par celui qu’il croyait être son protecteur, le Roi Sorcier lui-même ; qu’avait-il donc fait pour mériter la mort ? Ne s’était-il pas toujours montré loyal ? Une peur viscérale lui nouait le ventre et le paralysait ; sur les champs de bataille, il avait connu nombre d’atrocités et rencontré des immondices, les pires des rejetons du chaos, et jamais il n’avait tremblé ; pour ces monstres sanguinaires qu’il avait combattus, la mort de l’ennemi n’était qu’un moyen, moyen de se nourrir tout simplement, ou bien d’étendre leur territoire, d’obtenir des faveurs de leurs maîtres… Mais pour l’assassin, il le savait, la mort de l’autre était une fin en soi, et c’est ce qui le rendait si effrayant ; le formidable adversaire qui se tenait devant lui n’était pas un simple ennemi, il était une nette et froide incarnation de la mort… La haine et l’instinct de survie prirent le pas sur la terreur ; l’heure était venue pour le grand guerrier de vendre chèrement sa peau ; après tout, il avait vaincu des hordes chaotiques et avait pourfendu nombre de ces abominations, y compris celles qui étaient considérées comme les plus féroces ou les plus fortes ; il leva son arme de prédilection, une longue et lourde épée, une arme non magique, brute mais équilibrée, comme il les aimait ; il n’était pas encore mort, et l’assassin regretterait peut-être bientôt son impudence.
Ce dernier fixait sa proie depuis plusieurs secondes, essayant de la jauger, évaluant son état d’esprit ; le seigneur des lieux ne se laisserait pas tuer aisément, c’était l’évidence même… « Le plaisir n’en sera que plus grand » se délectait-il intérieurement ; les deux adversaires se faisaient face, se scrutaient ; Drakhan suait à grosses gouttes, alors que l’assassin l’observait posément, la pointe de son épée posée à terre, comme négligemment ; n’en pouvant plus, le noble elfe noir lança le combat, se ruant sur son bourreau potentiel avec un cri de rage ; à la dernière seconde, l’assassin releva sa lame et esquiva le coup d’une puissance redoutable avec une facilité déconcertante, et chercha par là même à désarmer son adversaire ; mais les coups qui marchaient contre des combattants peu expérimentés n’étaient guère efficaces contre un vétéran comme Drakhan, et celui-ci redoubla de rage, essayant littéralement de couper en deux l’assassin de sa longue lame ; cependant, celui-ci, rompu au maniement des armes mais aussi aux arts martiaux, parait et esquivait chaque tentative, s’amusant avec son adversaire comme un prédateur avec sa proie ; « c’est tout ce dont tu es capable ? » demanda-t-il avec un amusement sadique non dissimulé ; il bondit alors sur Drakhan et avant que celui-ci n’ait eu le temps d’esquisser la moindre parade, lui lacéra profondément le bras de sa lame acérée ; « c’est fini maintenant… » commenta-t-il sobrement ; devant l’incompréhension qui marquait le visage du seigneur de Karond Kar, il expliqua « cette lame est enduite d’un poison de ma composition, on peut dire que tu es déjà mort… » ; Drakhan avait déjà entendu de nombreuses histoires sur la terrible efficacité des poisons élaborés par les assassins, des histoires d’agonies terribles, de peau qui se boursouflait et crevait, d’elfes morts devenus fous de douleur ; la peur lui nouait le ventre à nouveau, il était terrifié, tout simplement ; « n…non, balbutia-t-il, je ne peux pas mourir comme ça ! Assassin, dis-moi au moins pourquoi je meurs ! Qu’ai-je fait au Roi Sorcier pour qu’il m’en veuille à ce point ? » ; l’assassin se rapprocha de sa victime paralysée de peur et, de sa voix douce et calme qui ressemblait à un murmure, énonça ces quelques mots « on ne donne pas de conseils à Malekith, on ne trompe pas le Roi Sorcier, noble stupide, ta vie insignifiante ne suffit même pas à payer pour cet affront ; as-tu compris le sens de ta mort ? ». Le raid sur Ulthuan ! Drakhan avait cherché à convaincre Malekith de le retarder afin de ne pas avoir à envoyer ses troupes dont il avait besoin à Karond Kar ; et il pensait avoir réussi… Avec le recul que peut avoir un homme à l’agonie, il se reprochait sa naïveté… Comme il avait été stupide ! Cependant, le poison s’insinuait rapidement dans ses veines, et il se sentait brûler intérieurement. « Achève-moi, assassin, au nom de Khaine, donne moi une mort rapide… » ; il baissa la tête, signifiant qu’il se rendait à la volonté de son bourreau. L’assassin souriait maintenant ; « Voilà donc l’élite des armées de Malekith, c’est donc la toute la puissance que ses seigneurs noirs peuvent montrer… » ; « pathétique » ajouta-t-il avec mépris alors que, d’un geste souple et précis, il tranchait la tête de son adversaire. Il était maintenant entouré de trois cadavres dégoulinant de sang ; il fit rapidement le point ; une fois encore, l’arme psychologique s’était avéré d’une puissance extrême : la simple vue de l’assassin avait profondément déstabilisé son adversaire, et plus encore, le simple fait d’avoir mentionné un hypothétique poison avait fini de terrifier Drakhan, qui s’était laissé tuer sans résistance… Quelle faiblesse d’esprit… S’il avait su qu’en réalité la lame n’était enduite d’aucun poison… Idareth était certain que Drakhan avait ressenti une brûlure ou une douleur quelconque, en réalité une simple illusion, due à la terreur que l’assassin savait instiller dans l’esprit de ses adversaires… Il souriait maintenant, un sourire qui ressemblait moins à un visage heureux qu’à un rictus sadique ; sa mission était terminée, Malekith serait content, et ses convictions étaient renforcées par cette nouvelle expérience : tous les mortels, humains, elfes ou nains, fermiers ou pseudo grands guerriers, étaient effrayés à l’idée de leur propre fin ; lui s’en moquait, il n’avait pas peur de la mort ; il était la mort.
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